Comment faire des colorants alimentaires maison?

Faire ses courses est devenu aussi plaisant que de se promener dans un champ de mines. Armés d’appli type Yuka, nous pouvons scanner les linéaires à la recherche d’additifs délictueux. Et quoi de plus suspect qu’un colorant alimentaire? Pourtant, le problème n’est pas où l’on croit…

Lors de mes recherches prélimaires, je suis tombée sur des blogs donnant une longue liste de colorants décrits comme « dangereux ». D’où la sortaient-ils ? Pas d’indications. Les sites officiels, de leur coté, restaient dans le vague.

Je partis donc de deux listes trouvées sur des blogs, ici fusionnées :

E102, E104, E110, E120, E122, E123, E124, E125, E126, E127, E128, E129, E131, E142, E154, E160, E163, E173 et E175.
Tout ça.

  • les Fake News
  • Carmin et autres colorants suspects
  • les colorants dangereux

Les Fake News

Après quelques recherches complémentaires, je découvris que  plusieurs de ces colorants n’étaient plus autorisés: les E 125, 126, 128 et 154. Toujours ça de moins à vérifier. (1)

Le E123 était annoncé cancérigène. Pourtant, il est classé 3 ( pas de cancérogénicité démontrée) par le CIRC, référence en la matière. (2)

Le E160 regroupe la famille des caroténoïdes ou pro-vitamine A, des antioxydants. Je ne sais pas comment ils ont atterri dans cette liste.

Idem pour le E163, les anthocyanines , qui sont des colorants naturels qu’on trouve dans les fruits rouges, la peau de raisin, le chou rouge…

L’Efsa n’a rien trouvé d’inquiétant sur le E142 mais comme il s’agit d’un colorant synthétique, elle lui a attribué une Dose Journalière Admissible. (3)

Le E175 est l’or… rien vu non plus d’inquiétant à son sujet.

Carmin et autres colorants suspects

La liste s’est considérablement réduite mais restent quelques colorants problématiques.

Les colorants azoïques 

Les E102, E104, E110, E122, E 123, E124, E129 sont des colorants synthétiques, suspectés de provoquer des troubles hyperactifs chez l’enfant. L’EFSA a imposé que les aliments qui en contiennent soient étiquetés : « Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants ».

Cette contrainte semble avoir refroidi les industriels. J’ai cherché pendant 1/2h sur le site de Carrefour Drive, un produit pour enfants mentionnant ces colorants. Bonbons, yaourts, sirops, sodas, glaces, céréales, tous étaient passés à autre chose. OpenFood Facts liste 25 pages de produits rien que pour le E102 mais les recettes ont dû être changées depuis que leur base de données a été renseignée. Finalement, j’ai trouvé UN produit contenant du E102: du Get 27! Mais on ne peut pas vraiment dire que ce soit une boisson pour enfants…

Le E 120, ou carmin, est un colorant rouge issu de la cochenille. Avoir de la purée d’insectes dans son yaourt aux fraises n’est pas très ragoutant mais le soucis ne vient pas de la matière première: il vient du processus de fabrication. Après avoir fait bouillir les pauvres insectes, le colorant est extrait grâce à des sels d’aluminium… Et l’aluminium, c’est toxique. L’Europe a donc imposé des seuils maximaux (en mg d’aluminium/ kg d’aliment). Néanmoins, d’après l’étude EAT2 de l’Anses, nos principales sources d’exposition à l’aluminium sont le chocolat et les produits céréaliers, car ils fixent l’aluminium présent dans la croute terrestre. L’exposition via les colorants est négligeable.

Le E127 (Erythrosine) cause des tumeurs de la thyroïde chez les rats mais sa toxicité pour les humains n’a pas été établie. L’Efsa l’autorise uniquement pour les cocktails et les cerises confites, ce qui est très restrictif et ne dénote pas d’une grande confiance en cette molécule. (4)

Le  E131 ou Bleu Patenté V est un autre colorant synthétique,  mais responsable d’allergies cette fois, notamment sous la forme d’urticaire.  En 2013, l’Efsa a revu sa Dose Journalière Admissible à la baisse. A noter que les fraises aussi sont allergisantes, et personne ne les considère comme des aliments « dangereux ».

Les colorants dangereux

L’aluminium par contre, le E173, est d’une toxicité avéré. Il n’est autorisé qu’en enrobage décoratif, sur les perles de sucre par exemple. J’ai regardé la composition de quelques perles : Vahiné ? enrobage d’argent. Patisdécor ? E174, de l’argent encore. Fun Cakes ? E173 ! Bingo, enrobage à l’aluminium. Et pour à peine moins cher que les précédents.

Je me permettrais néanmoins d’ajouter le Dioxyde de titane (E171) qui a été injustement oublié. Il est pourtant classé cancérigène possible (2B) !
Notez que ce colorant blanc est très répandu: M&M n’est qu’un parmi d’autres à l’utiliser.
(mise à jour: il sera interdit à partir de 2020)

Enfin il se dit que le caramel est cancérigène, ce qui m’avait beaucoup chagrinée, car j’adore le caramel. Or il s’avère que le caramel maison ne pose aucun problème, c’est le caramel ammoniaqué (E150c) voire sulfité ammoniaqué (E150d) qui est en cause. Lors de leur fabrication, il se forme des co-produits, le 4 MEI et le furane, que le CIRC a classés cancérigènes possibles (2B). Buveurs de Colas, modérez-vous.

En conclusion, ma liste de colorants à éviter 

Les colorant azoïques E102, E104, E110, E122, E 123, E124, E129, mais inutile de retenir la liste: il est indiqué sur l’emballage « Peut avoir des effets indésirables sur l’activité et l’attention chez les enfants » et de toute façon, la plupart des fabricants les ont laissé tomber

Au final, la liste se réduit à 3 colorants dont deux n’étaient même pas sur la longue liste du départ! Il s’agit des E150c et dE171(cancérigènes) et  du E173 (neurotoxique mais très rare).
Notez qu’aucun des colorants mentionnés dans cet article n’est autorisé en bio !

Obnubilés par des Exxx auxquels nous ne comprenons pas grand chose, nous risquons de passer à coté de l’essentiel, à savoir manger moins sucré, moins salé, moins gras. Le reste n’est que théorie du complot.

Notes

(1) https://webgate.ec.europa.eu/foods_system/main/?event=substances.search&substances.pagination=1

(2) https://monographs.iarc.fr/fr/agents-classes-par-les-monographies-du-circ-2/

(3) https://www.efsa.europa.eu/fr/efsajournal/pub/1851

(4) https://efsa.onlinelibrary.wiley.com/doi/epdf/10.2903/j.efsa.2011.1854

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